Ordinaire ?
Après le temps de Noël, temps de Joie et de Grâce par excellence, nous voici en quelque sorte redescendus dans un temps dit « ordinaire ». Ordinaire… c’est le nom du temps liturgique que nous vivrons jusqu’au 18 Février, date d’entrée en Carême. Ordinaire…Nous faut-il oublier l’émerveillement de Noël et tourner la page de la Joie et de la Grâce?
Les mages s’en sont retournés « par un autre chemin » (Mt 2,12), mais comment penser que leurs cœurs ne restent pas pleins d’une Joie extraordinaire sur le chemin du retour au pays ? Leur vie tout entière a forcément été bouleversée par LA rencontre de leur vie. Jamais ils ne pourront oublier les signes, l’étoile, leur longue marche, la révélation, l’émotion, le regard de Marie, l’attention aimante de Joseph, la fragilité de cet enfant, « le roi des juifs qui vient de naitre » (Mt 2,2). Ils s’en sont retournés par un autre chemin, et aussi vers une autre vie. Ils ont retrouvé leurs familiers, leurs joies et leurs peines ordinaires, mais en eux quelque chose a changé pour toujours. Pour eux, de retour au pays, si loin du lieu et du moment bénis qu’ils ont vécu, si loin de LA rencontre de leur vie, l’enjeu est de ne pas oublier, l’enjeu est de faire mémoire. Et, qui sait, de rendre secrètement grâce à Celui qu’ils cherchent et qui les a conduit jusqu’à Jésus. Tant qu’ils feront mémoire et rendront grâce, quelque chose de la Joie extraordinaire de LA rencontre de leur vie illuminera leur quotidien, et aucun jour ne sera plus ordinaire.
Les mages n’avaient pas autant de chance que nous. Car leur rencontre a été celle d’un jour. Notre rencontre avec le Seigneur vivant est de chaque instant que nous lui offrons. Il est là, fidèle, au cœur de notre prière, de nos rencontres, de nos tâches quotidiennes, de nos relations fraternelles. Il est si intensément et fidèlement là, au cœur de la communion Eucharistique ! Non, décidément, le temps que nous vivons n’a d’ordinaire que l’apparence !
Ne nous laissons pas fasciner par les informations morbides, ne nous laissons pas détourner de notre course par l’inquiétude ou la peur. A la suite de Jésus et avec la Grâce du Seigneur, choisissons d’être, « un peuple ardent à faire le bien » (lettre de Paul à Tite, 2,14). Choisissons de répondre à l’amour de Dieu pour notre humanité, manifesté dans l’enfant de la crèche, par l’élan de l’amour inconditionnel.
Ce « temps ordinaire » sera bien court en Février : nous entrons en Carême dès le Mercredi 18. Nous commencerons alors une marche symbolique à travers le désert, lieu du dépouillement pour faire la vérité sur ce qui compte vraiment dans nos vies. Lieu propice à la relecture de la merveille que fit pour nous le Seigneur par l’incarnation du Christ en Jésus. Moment de choix pour s’entrainer à vivre, conduits par l’Esprit, l’Amour inconditionnel auquel le Christ nous appelle en suivant ses pas vers le Golgotha. L’Apôtre Paul nous propose une façon très concrète de vivre cet amour inconditionnel :
« Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne ralentissez pas votre élan, restez dans la ferveur de l’Esprit, servez le Seigneur, ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière. Partagez avec les fidèles qui sont dans le besoin, pratiquez l’hospitalité avec empressement. Bénissez ceux qui vous persécutent ; souhaitez-leur du bien, et non pas du mal. Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez bien d’accord les uns avec les autres ; n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. (Rm, 12, 9-16b). https://www.aelf.org/bible/Rm/12
Quel programme extraordinaire !
Décidément l’Eglise nous a transmis un héritage incomparable pour vivre de façon extraordinaire nos vies ordinaires. Accueillons cet héritage, faisons-le vivre, ne tournons pas la page de la Joie et de la Grâce : la Joie de Noël nous portera sur tous nos chemins ordinaires, malgré les épreuves, vers la Joie de Pâques.
Laurent Sailler, diacre permanent




